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L'ancien site de Sitifis
ne présentait à l'arrivée des Français en
1838 qu'un amoncellement de ruines abandonnées à la place
d'un fort byzantin et un seul arbre prés d'une source (signe de
vie) au pied de cette ancienne citadelle.
L'histoire
glorieuse passée de la capitale de la Mauritanie Sétifiènne,
le tracé dense des anciens itinéraires, les signes de
contrée fertile, la position stratégique du site et la
situation de carrefour, militent en faveur de la fondation d'une ville
en ces lieux ou plutôt la reconstruction de la ville, détruite
par un tremblement de terre, mais sous une autre forme répondant à des
objectifs spécifiquement militaires de l'époque (colonisation
militaire d'abord). Ainsi
Sétif fut une création ex-nihilo du pouvoir colonial
français.
Cependant
l'armée n'ayant pas suffi seule à poursuivre les travaux
d'édification, il a fallu le concours d'ouvriers civils qui
formaient déjà une importante population.
Une
fois que l'édification de la forteresse militaire (nouvelles
casernes à l'emplacement de la citadelle romaine et le fort
Byzantin) fut très avancée et devant l'afflux d'ouvriers
civils, les constructions s'orientent vers les besoins de cette population
civile qui a nécessité la mise au point d'un plan régulier
par arrêté de 1843 (premier plan urbain de Sétif)
car au cours de la restauration des fortifications en ruines, le site
occupé était distinctement séparé en deux îlots
:
En
1847 une ordonnance royale crée officiellement le centre de
Sétif : ainsi les maisons en toube, les tentes et autres constructions édifiés
par apports successifs disparurent définitivement en 1845 pour être
remplacés par des constructions élevées suivant
de nouveaux alignements consignés dans le plan régulier.
Peu à peu
la ville de Sétif renaît à l'intérieur de
sa structure intra-muros et possédait déjà tous
les caractères des centres de colonisation ; tracé orthogonal,
larges artères commerçantes donnant au centre agricole
son embryon urbain.

Formation
définitive du noyau urbain intra -muros de Sétif .
En
1872 la ville de Sétif prend forme, se structure, se densifie
et s'équipe à l'intérieur d'une muraille d'enceinte
percé de quatre portes correspondant aux quatre points cardinaux,
affirmant de la sorte sa position stratégique de carrefour :
Ø Nord : porte de Bougie.
Ø Ouest : porte d'Alger.
Ø Sud : porte de Biskra.
Ø Est : porte de Constantine.
Ce
noyau colonial originel est constitué de deux quartiers de part
et d'autre d'une voie dans le sens Est / Ouest (portion de la future
RN 5).Voir photo N°3
Quartier
militaire au Nord : Sur l'emplacement de la citadelle et son agrandissement,
comprend de grandes casernes pour l'infanterie et la cavalerie.
Quartier
civil au Sud : Caractérisé par un tracé orthogonal
en damier avec une forte occupation du sol présentant tous les
ingrédients d'une structure urbaine :
- Large
rues tracées régulièrement avec trottoirs bordés
d'arbres.
- Magasins
et échoppes sous les arcades.
- Maisons
et immeubles de rapport.
- Equipements
importants :
1. Recette des postes (1845)
2. Mosquée reconstruite (El Attik ) en 1845
3. Etablissement bancaire (en 1855).
4. L'hôtel de ville et salle des fêtes (en 1856) sur l'emplacement
du bureau arabe
5. Tribunal de 1ère instance en 1860.
6. Eglise Sainte Monique (future mosquée Ben- Baddis ) en 1867.
7. Collège colonial (plus tard lycée Kerouani ) en 1873
8. Sous -préfecture en 1874.
9. Théâtre municipal en 1896
10. Fontaine monumentale (Ain Fouara) en 1898.
Les
places et squares (place Joffre - Ain Fouara ), du marché, de
l'église et square Barral.
Après
la 1ère guerre mondiale, les autorités municipales de
Sétif prennent en main le développement spatial de la
ville en procédant à certains aménagements dans
les environs immédiats de la ville intra- muros.
Un
vieux campement établi sur un terrain communal loué en
1881 à quelques nègres venus du sud appelé village
nègre ou " Zmala "
Un Habitat. Bon. Marché pour édifier des villas avec jardins
au profit des classes moyennes européennes Une cité de
recase ment au Nord de la ville, au-delà des terrains militaires
(champ de manuvre).,la cité Bel-Air qui attribue une pièce
par famille dont les membres s'adonnent à l'activité artisanale
en rapport avec leur vocation traditionnelle du travail de la laine(tapis
et burnous).
Parallèlement à la cité de Bel-Air, on a construit
des cités pour les combattants de la guerre 14-18 ; cité des
combattants au Sud-Ouest de la muraille et une deuxième cité militaire à la
cité Lévy (actuelle cité Tlidjène).
Avènement
du rail et transformations urbaines inhérentes(1925)
A partir de 1925, période marquée par l'avènement
du chemin de fer et la construction de la gare au Sud- Est de la ville
intra-muros, les remparts ont été démolis(sauf à la
citadelle du coté Nord, porte de Bougie), laissant la place à un
large boulevard cernant le noyau intra-muros et permettant au tissu urbain
de s'étendre au-delà des anciennes portes d'Alger, de Constantine
et de Biskra.
Ø La
démolition de la porte de Biskra au Sud laissant apparaître
le faubourg de l'industrie et de l'artisanat .
Ø La démolition de la porte d'Alger à l'Ouest a entraîné l'intégration
du faubourg des jardins caractérisé par un habitat pavillonnaire
clairsemé entouré de jardins mettant à profit la présence
d'eau souterraine.
Ce
faubourg s'est organisé au voisinage du jardin
d'Emir Abdelkader (ex : Orléan), véritable musée en plein air qui
réunit de remarquables bas-reliefs et des statues et l'hôpital
civil dont la construction fut terminée en 1939 et surplombant
le tracé de la R.N. 5 (vers Alger).
Ø La
démolition de la porte de Constantine à l'Est engendrait
l'édification du faubourg de la gare qui s'est structuré autour
des docks et silos de la compagnie genevoise et la gare, le lotissement
Burdin, dans son prolongement, s'est organisé autour de la Mosquée
Abou Dher El-Ghifari et du cimetière chrétien et la cité des
cheminots caractérisée par un tissu en damier composé de
maisons en tuiles entourées de jardins, résidences de
la petite et moyenne bourgeoisie, s'étalant au bord de la RN
5 vers Constantine.
Cette
croissance est basée sur le principe : noyau \ périphérie.
La concentration des capitaux et du marché, l'attrait du placement
des profits agricoles dans la spéculation immobilière
ou dans les revenus urbains (commerce, administration, services, transports,
artisanat et petite industrie) autant de facteurs qui jouent dans le
sens du regroupement urbain européen.
La
lutte armée et ses conséquences
A
la veille de la guerre de libération, l'agriculture coloniale
n'absorbait plus une main d'uvre trop nombreuse, ce qui engendre
un afflux vers la ville par la construction d'un habitat précaire
ou entassement dans les vieilles cités.
Cette
urbanisation(fausse urbanisation) des campements et de la concentration
va en grandissant: l'exode rural, assurant le peuplement de la ville,
révèle le déséquilibre économique
colonial et engendrant le sous-emploi(artisans et commerçant
sans clients, portiers et plantons, petits métiers et faux métiers)
et le chômage en ville.
Emballement
de TANDJA :
Comment
s'est effectuée l'occupation du site ?
Initialement
ces" exilés forcés" achetaient une petite parcelle
de terrain, à proximité de la ferme, y construisaient
une pièce et la desserte se ferait d'une façon ou d'une
autre. Peu à peu un pâté, un îlot, un district
prenait forme. Ces nouveaux venus étaient généralement
des agriculteurs doublés de maçons. Il est construit
en dur avec des ruelles tortueuses, des alignements fantaisistes, improvisés
selon les besoins et les repères sociologico-culturels de chacun
: on transpose les coutumes, les traditions, les conceptions du douar
d'origine dans ce site périurbain en formation.
Devant
l'afflux incessant de la population (demande croissante) les héritiers
Yahiaoui s'adonnent à la spéculation foncière
et il en est résulté un chaos urbain ressemblant plus à un énorme
village rural densifié qu'à un quartier structuré et
lisible
Dans
le souci de contenir et d'endiguer l'extension démesurée
de ce quartier, par crainte de son déferlement, les autorités
ont vite procéder à son enclavement par l'entremise de
dispositifs militaires et autres.
Ø Renforcement
du poste de garde(ancien parc à fourrage) à l'Ouest.
Ø Clôture grillagée d'un vaste terrain au sein duquel se
trouve l'observatoire à l'Ouest.
Ø Extension de la garde mobile(future brigade du dark el watani) de part
et d'autre du CW117 vers sillège et sa fermeture(juste avant c'était
une voie faisant jonction du faubourg de la gare et le site de Tandja) au sud.
Construction
de l'école maternelle (future école Cheik Abdou) en 1956
au sud.
Préexistence
de deux cimetières mitoyens : musulman et israélite au
sud
Faits
urbains divers:
A
cette époque, on note la construction des bâtiments collectifs
de Diar Enakhla et l'implantation du lotissement de Pierre Gaillet
au profit des citadins algériens de vieille souche pour alléger
les maisons collectives de type "Hara" du faubourg de la
gare.
ü Quartier Pierre Gaillet dit "Birgay": c'est un quartier issu
d'un lotissement planifié au profit des sétifiens de vieille souche
ayant des possibilités financières, au sein des champs de blé de
Pierre Gaillet et qui s'est organisé autour du marabout Bounechada au
sud-ouest de la ville à proximité de la R N 28 vers Biskra.
Ø CENT
en 1957: centre d'apprentissage professionnel des métiers et
des techniques à proximité de la porte de Biskra et au
sein du faubourg de l'industrie.
Ø Ecole maternelle(future école Abdou) en 1956 à proximité du
cimetière musulman.
Ø Le nouveau tribunal en 1959
Ø Le commissariat central de police en 1960
Projets
du plan de Constantine 1958- 1962:
Si
certains projets d'habitats furent réalisés avant l'indépendance
comme :
1)
Cité ancien rempart de 66 logements en 1961.
2) Cité de l'avenir en 1960.
3) Cité Ciloc de 130 logements en 1960.
4) Cité Bel-Air de 103 logements en 1961.
5) Cité des fonctionnaires en 1961.
d'autres
projets furent poursuivis, juste après l'indépendance,
par les nouvelles autorités algériennes comme :
1) Cité Bel-Air de 130 logements en 1962.
2) Cité nouveau rempart de 121 logements en 1966.
Enfin
; le reste fut repris et intégré dans le premier plan
triennal(1967-1970) de l'Algérie indépendante comme:
1) Cité Cenestal de 230 logements en 1968.
2) Cité Bouaroua de 150 logements en 1969.
3) Cité Bizard de 120 logements en 1970.
4) Cité Port Sais de 80 logements en 1970.
L'indépendance
et nouveau mode d'organisation de l'espace urbain de Setif
a)
Période 1962-1970 : Interventions urbaines réduites
1)
Constitution subreptice du secteur de Kaâboub
A
l'origine c'était un terrain rocailleux à forte dénivellation
situé aux confins nord de la ville, au bord de la RN 9 vers
Béjaia
Pendant la guerre de libération, son occupation se résumait à un
habitat rural clairsemé d'une population réfugiée
des zones montagneuses de Megriss, Bou-Andas Anini et Tafat fuyant les
atrocités de l'armée coloniale et en quête de sécurité aux
portes de la ville de Sétif.
Une
fois l'indépendance proclamée, et la spéculation
foncière aidant, le secteur se densifier progressivement d'une
manière désordonnée, transposant ainsi les formes
de composition d'un habitat rural en milieu périurbain en l'absence
de contrôle des nouvelles autorités communales qui faisaient
face à d'autres priorités.
2) Densification d'habitat_ grand équipement et plan triennal
(1967-1970)
Durant cette période, il y eut des interventions réduites
sur le tissu urbain existant et quelques opération de restructuration
par l'implantation de grands équipements tels que :
Ø Siège de la wilaya.
Ø Complexe Olympique
Ø Lycée Ibn Rachik
Ø Bouclage au Nord-Ouest du boulevard, substitut de l'ancienne muraille.
On relève aussi la densification des cités issues de la
guerre (Tandja andréoli) ou de la spéculation foncière(Bounecheda
et les 5 fusillés) et l'achèvement des ensembles d'habitat
du plan de Constantine, reconduits dans le plan triennal(1967-1970).
Ø 130 logements à Bel Air (1962).
Ø 121 logements aux nouveaux Remparts (1966).
Ø 230 logements à Cenestal (1968).
Ø 150 logements à cité Bouaroua (1969).
Ø 120 logements à cité Bizard (1970).
Ø 80 logements à cité Port Said (1970).
Cette
première période d'après indépendance est
caractérisée par la densification, par apports successifs,
des secteurs du tissu urbain existant et un remplissage des zones tampons
par de grands équipements.
b)
Période 1970 - 1986 : Les programmes de construction d'habitat
planifiés.
Avec
la mise en uvre des plans quadriennaux 1970-1974 et 1975-1979,
on a retenu pour la ville de Sétif un programme de logements
et une gamme d'équipements assez consistants.
Les
interventions urbaines durant cette période caractérisée
par dirigisme étroit, consistaient à donner une forme
compacte et massive au tissu urbain de la ville par l'urbanisation
des poches vides aux abords immédiats des parties urbaines densifiées.
Avec
ces nouvelles occupations du terrain, la ville a vu naître un
nouveau type d'habitat caractérisé par les grands ensembles
pour répondre à un impératif social(crise de logement)
ce qui a engendré une rupture avec l'existant sur le plan fonctionnel
et urbanistique.
La
question de l'habitat a toujours été posée en
termes de quantité de logements et de capacité de moyens
de réalisation : ce n'était là qu'une opportunité de
conjoncture. Les terrains militaires sont révélés
de fantastiques réserves foncières, la généralisation
de l'habitat " socialiste et social ",l'exode rural incessant,
la volonté d'industrialisation pour un développement
accéléré.
Il
est temps de comprendre que le développement est conditionné par
l'aménagement du territoire national.
La
crise actuelle est consécutive non pas à une crise du
logement mais à une crise de l'habitat, en effet la crise du
logement est une conséquence de mauvaise urbanisation, la crise
de l'habitat est une affaire de mauvais aménagement du territoire.
Dés
lors qu'on poursuivait la densification des anciens quartiers par apports
successifs, on procédait à l'implantation de grands ensembles
type HLM :
-
750 logements : absorption de cité Bel Air.
- 600 logements : champ de manuvre militaire.
- 300 logements : cité Maâbouda (axe d'alger).
- 1000 logements :au sud de la ville (axe M'sila).
- 400 logements :au sud de la ville (axe M'sila).
- ZHUN :1006+1014 logements.
En
plus des équipements structurants tels que :
+Lycée Khansa.
+Ecole paramédicale
+Siège APC.
Les urbanisations nouvelles et ponctuelles durant cette période
et le tracé d'infrastructures adapté à travers l'espace
urbain, ont fait apparaître de nouveaux secteurs qui sont autant
d'amorces pour une future densification.
c)-
du marché foncier et avènement de la promotion immobilière(1986-2000)
Durant
cette période, qui se poursuit de nos jours, une nouvelle politique à caractère
libérale apparaît qui veut promouvoir le logement individuel,
type villa, de larges secteurs de la ZHUN étudiée par
Tesco dans la décennie 70, ont été convertis en
lotissements au profit des classes socio-professionnelles solvable
de manière à intéresser le citoyen à la
réalisation de son logement de même que la mise en place
des coopératives immobilières.
L'urbanisation
se poursuit du côté Est et Nort-Est en implantant le programme
social des 1014 logements, le programme CNEP formule location-vente),des
1006 logements, le programme universitaire des 300 logements et la
troisième tranche des 500 logements de la cité Maâbouda
jusqu'aux confuis Ouest de la ville.
Le
fait nouveau c'est la généralisation des lotissements
résidentiels à El Hachmi(1ere tranche) Bouaroua "Dallas ",
le lotissement F(prolongement de Ouled Braham), les coopératives
immobilières, lotissements Chadli, Merouani, IAP, construction
de lots marginaux dans un cadre de densification des secteurs existants
offrant quelques poches vides, Yahiaoui, Tlidjéne, les 5 Fusillés.
Notons la rénovation de la cité précaire de Bizard
au profit de l'implantation des sièges de la BCR, ERIAD, CNASAT,
l'inspection académique et le transfert de ses habitants vers
le village périphérique de Ain Trick.
Pour les équipements, certaines grandes réalisations ont
vu le jour comme l'hôtel des postes, le parc d'attractions, le
mémorial, le marché couvert de la cité de l'Avenir,
densification des constructions au sein du site universitaire, siège
SONELGAZ à Bouaroua, en plus des écoles primaires qui ont été érigées ça
et là au sein de cités dépourvues ou déficitaires(Ben
Begag nord Yahiaoui, Maâbouda, centre Yahiaoui, ZHUN).

Ancien plan de la
ville de Sétif
Crédit: commune de Setif
TRANSFORMATIONS URBAINES DANS LES CITES COLONIALES DE
RECASEMENT :
Cas du quartier Bel-Air à Sétif - Algérie
I - Introduction :
Les quartiers anciens
deviennent aujourd’hui des espaces à reconquérir
par la ville algérienne, face à l’étalement
urbain effréné et en l’absence de réserves
foncières. Le cas de Sétif est ainsi intéressant,
on y trouve quelques vieux quartiers croulant sous le poids d’une
forte densité résidentielle et d’une précarité inadmissible,
au moment où il n’y a plus de possibilité pour construire
de nouveaux quartiers. Donc, le moment est venu pour développer
les connaissances préalables à toute intervention sur les
vieux tissus afin d’améliorer leurs conditions physiques
et sociales.
Bel Air est l’un des plus vieux quartiers populaires à Sétif.
Pour comprendre sa situation actuelle, il faut remonter son histoire.
Après la première guerre mondiale, les autorités
municipales de Sétif prennent en main le développement
spatial de la ville en procédant à certains aménagements
dans les environs immédiats de la ville intra- muros.
 
Un vieux campement établi sur un terrain communal loué en
1881 à quelques nègres venus du sud appelé village
nègre ou "Zmala" a été rasé pour édifier
des villas avec jardins en Habitat Bon Marché (HBM) au profit
des classes moyennes européennes. C’est la cité Lévy
(actuelle cité Tlidjène). Tandis qu’une cité de recasement a été implantée
au Nord de la ville, au-delà des terrains militaires (champ de
manœuvre). Il s’agit de la cité Bel-Air qui attribue
une pièce par famille, dont les membres s’adonnent à l’activité artisanale
en rapport avec leur vocation traditionnelle du travail de la laine (tapis
et burnous). Parallèlement à la cité de Bel-Air,
on a construit des cités pour les combattants de la guerre 14-18
; cité des combattants au Sud-Ouest de la muraille et une deuxième
cité militaire à la cité Lévy. Circulaire
du gouverneur général Au sujet de I’habitat indigène
13 avril 1927 (J. O.A. 1927. 1ère P., p. 202) A Messieurs les
Préfets d’Alger, d’Oran et de Constantine. La question
de l’habitation doit être au premier rang de nos préoccupations
tout aussi bien pour les indigènes que pour les européens.
C’est en effet I’absence d’habitation hygiénique
et à l’abri des intempéries, qui est dans la plus
large mesure la cause de la propagation des maladies épidémiques.
Ce n’est ’pas seulement l’hygiène qui est en
cause, il faut souligner encore des raisons d’ordre social de première
valeur.
II est, en effet,
d’évidence que la dissémination
des habitations est à un autre point de vue une chose très
fâcheuse. Elle rend la vie extrêmement difficile pour qui
se trouve ainsi dans un isolement presque total, loin de la protection
administrative, loin des médecins, loin des écoles, loin
même des centres de travail qui pourraient procurer un peu d’aisance à la
famille.
La colonisation elle-même souffre de cet état de choses
qui, il faut l’avouer, n’est pas très favorable à la
sécurité.
II y a donc des avantages
considérables à essayer de constituer
petit à petit un paysannat indigène qui élèverait
socialement l’indigène et qui lui assurerait des bienfaits
inappréciables.
Il y a eu jusqu’à présent que quelques tentatives
isolées. Elles ont admirablement réussi. L’initiative
hardie prise par M. Ie Délégué financier Levy à Sétif
a été un grand succès et la mortalité est
tombée aussitôt de façon extrêmement appréciable,
Une autre expérience remarquable a eu lieu dès 1896 dans
la commune mixte de la Mekerra. II y avait à pourvoir au recasement
d’un certain nombre d’indigènes. On utilisa 3.000
hectares pour y tailler 400 lots de diverses contenances, et le surplus,
320 hectares environ, furent réserves pour le parcours. Le prix
de location fut de trois francs par an, avec bail. Mais I’autorité locale
eut en outre la pensée de constituer un véritable village.
Des rues furent tracées, une conduite d’eau fut installée
ainsi qu’un abreuvoir, des écoles de garçons et de
filles, cette dernière avec centre de travail, furent construites
ainsi que des silos en maçonnerie pour l’emmagasinage des
grains de la société de prévoyance.
La population de
Bédrabin qui comprenait en 1896, 24 familles
et 196 habitants, compte maintenant 189 familles et 1.051 habitants.
II y a dans le village déjà 153 maisons bâties en
maçonnerie et couvertes en tuiles.
Cet exemple est,
comme vous le voyez, singulièrement impressionnant.
II y a donc à tous les points de vue des avantages considérables à entreprendre
la propagande nécessaire pour amener progressivement et par persuasion à une
autre conception de I’habitat.
De même que dans les villes, la loi oblige à la constitution
des plans d’extension et d’embellissement, je voudrais qu’on
pût dresser des plans d’agrandissement et d’aménagement
des villages indigènes. L’application prochaine de la loi
sur la propriété foncière va en fournir une nouvelle
occasion.
Le village indigène suppose donc un regroupement de toutes les
habitations isolées et autant que possible à proximité d’une
voie de communication existante ou en projet.
Mais il faut, bien
entendu , qu’autour du village, il y ait pour
une population présente comme pour une population future, une
quantité de terre suffisante aussi bien pour la culture que pour
le parcours des animaux. Les lots pas plus que la maison ne devront jamais
faire l’objet d’une vente. Je recommande surtout le bail
emphytéotique de 99 ans que j’ai prescrit pour Sétif
et qui donne à l’administration, qui reste propriétaire,
un droit d’intervention pour assurer le bon entretien de l’habitation.
En même temps l’indigène est protégé contre
son imprévoyance qui pourrait l’amener à vendre plus
ou moins rapidement. En réalité, par le bail de 99 ans,
on arrive à constituer en pratique le bien de famille inaliénable
et insaisissable, sauf pour défaut de paiement du loyer et des
impôts.
Le village devra être pourvu de deux ou trois artisans sachant
travailler le fer et le bois, réparer les machines agricoles,
sachant aussi un peu de maçonnerie. Déjà de nombreux
administrateurs forment de tels ouvriers. Il sera indispensable de ne
jamais organiser un village sans y mettre les artisans nécessaires.
Le type des maisons
pourra varier suivant les possibilités du
pays. L’idéal serait le type de Sétif qui malheureusement
reviendrait assez cher. L’essentiel, c’est que les murs puissent être à l’intérieur, être
blanchis à la chaux au moins deux fois par an et le sol désinfecté autant
que possible tous les mois. II y aurait intérêt à ce
que l’habitation fût entourée pour pouvoir comporter
des fenêtres suffisamment larges.
Les écoles et l’ouvroir seraient construits dès
que possible.
Reste la question
des voies et moyens. J’envisagerais très
bien la réalisation d’emprunts faits par la Commune, gagés
par le prix de location. Si nous envisageons par exemple un lotissement
de 4.000 hectares à 5 francs seulement par hectare, cela donne
une annuité de 20.000 francs qui permet de gager un emprunt amortissable
en trente ans de 200.000 francs environ. Le lotissement ne devrait pas être
inférieur à 10 hectares, mais avec des lots qui pourraient
atteindre 25 hectares. Quant aux terres de parcours, il semble qu’une
réserve du quart serait suffisante. Les fonds pourraient être
prêtés par les sociétés de prévoyance.
II - Historique de Bel Air :
Les écrits d’André Prenant (1953) démontrent
que "la spéculation immobilière était inaugurée
dans la ville de Sétif en 1887 par la transformation des terrains
de culture en lotissements, au delà de la zone des servitudes
militaires (futur faubourg inférieur de la gare), ce qui accompagna
le début d’une vague d’immigration dès 1881."
Le recensement quinquennal
de 1901 donne une population agglomérée
au chef lieu de 9282 habitants répartie comme suit : ville intra-muros
6650, faubourg de la gare 884, faubourg de l’industrie 347, faubourg
des jardins 812 et le village nègre 867, tandis que la population éparse
(rurale) représente 5859.(Rocca, 1903)
L’édification d’une cité de recasement destinée
aux musulmans était la première expérience coloniale
du genre dans la ville de Sétif. L’origine de ce projet
ne peut être comprise qu’en remontant l’histoire de
l’établissement humain "déplacé",
où les conditions élémentaires d’hygiène
n’existaient pas. La première initiative revenait à Charles
Lévy qui a pris acte de la décision de la ville pour créer
cette cité en marge de la communauté européenne.
A travers la lecture
de l’extrait de la session du Conseil Municipal
du 26 Janvier 1922, il ressort que :
"Suite à la décision du 25 Juin 1921 de déplacer
définitivement le village nègre pour des raisons d’hygiène
et de sécurité, proposition faite par Mr. Charles Lévy,
délégué financier et président du comité de
la société Coopérative des habitations à bon
marché, de céder à la commune un terrain lui appartenant à l’ouest
de la route de Bougie et au-dessus du champ de manœuvres, à condition
que l’emplacement occupé par le village nègre soit
affecté à l’édification d’une cité ouvrière
d’H.B.M., situé sur un large plateau dominant la ville au
nord et à une distance approximative de 1 kilomètre. Il
permet l’établissement d’un plan de lotissement comportant
des tracés de rues très larges avec place publique et chemins
d’accès.
Le nouveau village,
construit suivant un alignement régulier,
renfermerait, outre de nombreuses maisons d’habitations, une école
de Talebs et des locaux destinés aux industries indigènes
telles que fabrication de tapis, Burnous, etc.
Il serait alimenté en
eau potable non seulement par de bonnes fontaines, mais encore par
une fontaine abreuvoir."
De 1922 à 1933, s’ouvre une phase de recasement marquée
par la création d’un office "le patrimoine Sétifien" dont
le but est de faire place nette au centre. Le délégué financier
qui patronne cet organisme officieux Charles Lévy, grand colon
privé et minotier, offre un sien terrain inculte et rocailleux,
au nord de la ville. Il destine la future cité Bel Air à recaser
les 876 habitants du village nègre, à raison d’une
famille par pièce ; revenant à 1397 francs et contre 100
francs de loyer annuel, en échange du communal du village nègre
ou entre la gare et le marché, s’édifieront les maisons
familiales de la cité Lévy, revenant alors à 10000
Francs l’une, où vivent aujourd’hui 1500 habitants,
surtout européens : employés, fonctionnaires, retraités.
En 30 ans, 2000 nouveaux venus s’entasseront dans la cité Bel
Air. (Prenant, 1953)
En restant longtemps isolée du reste de la ville, jusqu’en
1970, "Bel Air, cité musulmane par excellence, avec ses écoles
et manufactures de tapis, ses écoles de filles et garçons
musulmans"(Camborieux, 1978), est aujourd’hui un quartier
de la ville de Sétif avec ses 3000 habitants (voir tableau 1).
Il a était localisé loin de la ville coloniale, à un
kilomètre et demi au nord, pour mieux l’isoler de la vue
des européens.
III - La forme urbaine du quartier Bel Air :
Le quartier Bel Air
au nord-ouest de la ville de Sétif (figure
1), occupe un site plat dans sa partie sud mais qui devient plus ou moins
accidenté dans sa partie nord (figure 2). Cette topographie a
donné lieu à la forme actuelle du quartier qui n’est
pas entièrement rectangulaire malgré le plan orthogonal
qui lui a été imposé dès sa fondation.
Ce plan en damier
se caractérise par des rues parallèles
longeant le site du sud vers le nord tout en étant traversées
par des rues orthogonales d’est en ouest. La voie Est-ouest qui
passe par la crête de cet établissement humain constitue
la rue principale du quartier. Elle représente la ligne de passage
vers la partie en pente de Bel Air. On y trouve aujourd’hui la
Mosquée, l’école artisanale, l’école
des filles et celle des garçons.
Le groupement sud
est aéré et organisé autour d’une
place où se trouvait la fontaine et l’abreuvoir. Dans le
groupement nord se trouve un espace ouvert sur le versant ; à l’origine
c’étaient deux îlots destinés à abriter
d’autres habitations.
IV
- Cadre théorique et méthodologique
:
La stratégie de recherche préconisée combine l’analyse
urbaine typo-morphologique du milieu bâti à l’étude
des pratiques et des usages ainsi que les significations qui s’y
rattachent. Cette approche considère le milieu urbain en tant
qu’ensemble organisé et structuré d’objets
et d’idées.
L’analyse urbaine typo-morphologique (opposée à la
typologie fonctionnelle) étudie les bâtiments dans leurs
contextes, avec leurs espaces environnants publics et privés.
La recherche urbaine typo-morphologique date des années 50 et
60. A cette époque les architectes italiens ont étudié systématiquement
les types de bâtiments dans les centres historiques des villes
italiennes. Au même moment, le géographe anglais M.R.G Conzen
(1968) analysa l’évolution historique des villes médiévales
anglaises sous un angle différent. Il développait une étude
typologique (typo-morphologique) des formes urbaines. Des recherches
similaires ont été menées en France (Castex, 1977), à San
Francisco (Moudon, 1986) et dans de nombreuses villes européennes
(Lawrence, 1987). Ces études ont démontré que les éléments
urbains (îlot urbain, réseau viaire) sont très stables
pendant de longues périodes historiques.
La lecture morphologique
devient essentielle pour saisir le mécanisme
de formation de la composition urbaine. Actuellement, la définition
de la notion de tracés dépasse les tracés traditionnels
- le dessin des espaces libres, elle s’est étendue à tous
les types possibles de tracés : parcellaires, viaires, bâti
intervenant dans la composition urbaine et permettant de comprendre et
d’en concevoir la forme.
L’approche typo-morphologique peut être développée
selon les quelques axes suivants (Moudon, 1987) : 1- Comme outil de description
de la structure urbaine existante : la classification sous forme de types
urbains pourra offrir une base pour la description de la structure urbaine
existante dans une ville spécifique, en termes de caractéristiques
de typologies urbaines. 2- Comme outil d’analyse : elle permet
une vision profonde de la "durabilité" des différents
types urbains ; par la collecte d’informations environnementales
de base. Elle permet également d’évaluer la relative
attractivité des différents types urbains par la collecte
de données socio-économiques. 3- Comme outil de planification
et de design : permettant une compréhension approfondie des types
urbains, de durabilité et de qualité, une meilleure description
de l’environnement bâti existant. En revanche, ceci engendrera
une meilleure pratique d’aménagement urbain.
La superposition
des morphologies (sociales, historiques, plastiques ...) contribue à l’élaboration de la valeur urbaine.
La diversité morphologique (la polymorphie) de l’espace
urbain atteste de la complexité de ville. La connaissance des éléments
de permanence permet de sauvegarder la morphologie des tracés
qui servent d’armature à la ville, ou de retravailler le
tissu en profondeur pour offrir une modernité nouvelle. Ainsi,
l’espace acquiert une identité propre, des qualités
spécifiques et peut évoluer en retrouvant un autre usage
sans être constamment fait ou défait à travers le
temps. Celui-ci, un paramètre majeur, donne un sens profond à la
transformation urbaine qui doit s’inscrire dans une permanence.(DAU,
1996)
La lecture sensible
de l’espace urbain s’ajoute à l’analyse
morphologique et historique et rend compte essentiellement de la perception
visuelle de l’espace urbain. Elle concerne surtout les espaces
urbains extérieurs.(Lévy A., 1992)
V - Forme urbaine et architectural de Bel Air :
Aujourd’hui, il n’y a plus de vide entre le centre historique
et la cité Bel Air. Au contraire, la ville a englouti ce quartier
depuis longtemps. Sa position stratégique et à proximité du
centre ville, lui confère un rôle important à jouer
au sein de la ville, et malgré la précarité du bâti
la population de Bel Air trouve sa consolation dans la relation directe
avec le cœur de la ville, à 15 minutes de marche de Ain Fouara.
La zone située entre le centre historique et la cité Bel
Air abrite actuellement une multitude d’équipements qui
rayonnent sur toute la ville.
L’élément construit composant le quartier du vieux
Bel Air est l’îlot ; élément caractéristique
et essentiel du réseau colonial. Cet îlot se présente
sous des formes variées (rectangulaire et oblique). Découpé en
parcelles rectangulaires, il constitue la pièce régulatrice
du plan du quartier.
L’intérieur de l’habitation est constitué par
un espace couvert de 25 m² (chambre) et un espace ouvert de 12 m² (cour).
Ainsi, l’îlot à Bel Air devient une combinaison de
parcelles (disposition groupée) alignées sur la rue de
desserte. La parcelle dans ce quartier se présente sous deux formes
: la première, plus courante, mitoyenne de trois côtés
a une seule façade sur rue, la seconde est celle qui est située à l’angle
avec deux façades.
VI -Etude des pratiques socio-spatiales :
L’objectif ici est de comprendre à travers l’espace,
le temps et l’usage la dynamique des évolutions de la société en
général et du quartier en particulier. L’exiguïté de
ces habitations et leur manque de commodités modernes n’ont
pas empêché les habitants d’avoir de très bonnes
relation de voisinage et de développer des relations beaucoup
plus intimes qu’on ne l’aurait pensé. L’espace
intérieur de la maison s’est étendu à la rue
qui est devenue l’espace commun des voisins : espace de repos,
de convivialité, de discussion, de fêtes, etc.
Ce quartier a, malgré tout, gardé son caractère
purement résidentiel et une apparence discrète due, en
partie, à l’absence de commerce dans ses rues secondaires
et de desserte. Ainsi, ce type de rue devient un espace semi-privé,
le support de pratiques sociales et d’activités ménagères,
une aire de jeux pour les enfants et de parking, mais surtout en espace
collectif et une extension naturelle de l’habitation.
La population habitant
Bel Air vit dans des conditions très difficiles,
le TOL est de 6,8 personnes / logement de 48m² alors que la moyenne
nationale est de 6,5 personnes / logement de 80m².
VII - Transformations urbaines :
Les transformations
urbaines ont touché particulièrement
le bâti avec des extensions verticales, mais sans toucher à l’alignement.
Parfois, le trottoir devient un petit jardin. Donc, le bâti se
transforme et le tracé reste intact après plus de 70 ans
d’existence.
7.1 - Unités d’habitation
:
L’habitation composant le quartier est constitué dans la
plupart des cas de deux espaces un espace couvert : la chambre et un
espace ouvert qui est la cour. "Le logement" forme ainsi un
espace polyvalent (dans une seule chambre se déroulent plusieurs
fonctions suivant les moments de la journée). L’absence
de spécialisation de l’espace est due, dans la plupart des
cas, à son insuffisance. Toutefois les transformations qu’a
subie l’unité initiale ont permis de diversifier l’utilisation
de l’espace domestique par l’apport de chambres supplémentaires.
L’ordonnancement des parcelles le long de la rue et le manque d’espace à l’intérieur
de la maison vont faciliter l’appropriation de la première.
Toutes les parcelles sont de la même forme (rectangulaire) et ont
une surface de 48 m² dont la moitié est bâtie. Les îlots
sont disposés selon le tracé orthogonal et leur forme est
généralement rectangulaire, mais parfois elle est trapézoïdale
au niveau de l’extrémité sud-est du lotissement.
Le découpage des îlots est variable : entre 8 et 22 parcelles,
et leurs dimensions et superficies varient entre 17,5m x 35,0m et 15,0m
x 65,0m ; c’est à dire 512,5 m² et 975 m². Les
36 îlots sont orientés suivant deux directions nord-sud
ou est-ouest.
Les transformations
effectuées au niveau des habitations de même
surface sont multiples : rajout d’un W.C., d’un espace pour
cuisine, d’une chambre à l’étage, d’une
cage d’escalier, etc. Ces modifications se font selon les besoins
de chaque famille. Dans le cas des transformations verticales, la cour
souvent disparaît parce que son espace est très limité.
Ceci engendre naturellement l’appropriation du trottoir et l’espace
extérieur qui devient le prolongement de l’espace d’intimité.
Aussi, avec la disparition de la cour il y a perte de l’éclairage,
l’aération naturelle et l’ensoleillement. Donc, les
volumes ajoutés prive l’espace intérieur de respiration
et empêchent le cours de l’écoulement des eaux pluviales
et la neige cumulée sur l’ancienne toiture inclinée.
Il est remarquable que les occupants transforment l’habitation
sans toucher à la toiture initiale en pente. Ceci est dû en
partie au statut juridique de ces habitations, elles sont communales.
7.2 - Modifications
d’une habitation type :
L’habitation type est généralement composée
d’une chambre de 25 m², d’une cour de 12 m² avec
une structure en murs porteurs de 50 cm d’épaisseur. La
parcelle est l’unité de base formant l’îlot
c"est une parcelle type d’une surface totale de 48m² (6mx8m).
Dans la composition, la cour est un espace de transition entre l’extérieur
et l’intérieur. Les premières modifications ont touché la
cour ou certains résidents ont ajouté une petite cuisine
de 7m² ceci les a obligés a déplacé le w.c.
qui dans l’angle de la parcelle et décaler la de la chambre
vers le coin. Ce type de modification a été observé dans
les parcelles suivantes : parcelle 2 - îlot 30, parcelle 6 - îlot
21, parcelle 14 - îlot 20.
Un second type de modifications : les différents besoins des familles
ont entraîné une extension verticale par le rajout d’une
chambre à l’étage au dessus de la cuisine, avec une
cage d’escaliers. Le w.c. est parfois gardé au coin sous
les escaliers. Ce qui a réduit la cour à un espace insignifiant.
La grande chambre, ne s’ouvrant plus que sur la cuisine, n’a
plus d’ensoleillement. Ce type de modification a été observé dans
les parcelles suivantes : parcelle 14 - îlot 19, parcelle 2 - îlot
27, parcelle 13 - îlot 35.
Le troisième type de modifications : en R.d.c. la grande chambre
a été divisée en deux petites chambres communicantes,
l’une est directement accessible par la cour et sans fenêtre,
l’autre en a une qui donne sur la cuisine. Rajout d’une cuisine
occupant la moitié de la cour et une petite salle de bain pour
ne laisser qu’un couloir de 1 m de largeur vers la chambre. A l’étage,
une chambre a été ajoutée pour occuper toute la
largeur de la façade en saillie sur le trottoir. Pour ce cas de
chambre, une échelle est utilisée pour y accéder.
Ce type de modification a été observé dans les parcelles
suivantes : parcelle 1 - îlot 30, parcelle 8 - îlot 18, parcelle
11 - îlot 15, parcelle 5 - îlot 21.
VIII - Espaces et Equipements publics :
Le réseau de voirie y est hiérarchisé en axes :
principal, secondaire et de desserte. Les axes principaux partent souvent
de la Route Nationale RN9 et de la jonction principale à celle-ci
pour joindre la cité 103 logements et les différents équipements
existants dans le quartier. Les axes secondaires et dessertes locales
desservent les îlots (maisons). La différence entre ces
différentes voies se situe beaucoup plus au niveau du mode d’utilisation
ou d’usage.
Les places : l’ex abreuvoir et l’espace situé à côté de
la mosquée restent les seules places du quartier. La première
a servi dans les années 1980 comme arrêt de bus et elle
est complètement dégagée aujourd’hui. La deuxième,
beaucoup plus intime et plantée, devient le support de plusieurs
activités, tels que : aire de jeux pour enfants, parking, séchoir,
etc.
Quant aux équipements, les plus importants ont été créés
durant l’époque coloniale (école primaire). Ils s’organisent
le long des axes principaux et de forme souvent éclatée
ils présentent une valeur esthétique importante. Les équipements
locaux sont répartis à travers tout le quartier et sont
issus de la transformation de maisons d’habitation ; ils constituent
le commerce de première nécessité.
Après l’indépendance, divers équipements
seront construits (centre de santé, maternité, lycée)
qui donneront un caractère dynamique à l’ensemble
du quartier.
La cité Bel Air ne possède pas d’équipements
de commerce, mais l’espace réservé aux activités
commerciales est le résultat des transformations de certaines
parcelles en locaux de commerce, principalement dans les voies les plus
larges. Ces locaux, dont la majorité à vocation de commerce
de première nécessité, ont la même surface
que celle d’une chambre. Il est à signaler la présence
de marchands ambulants occupant les angles des rues et l’espace
devant la mosquée.
Conclusion :
Il est remarquable
dans le quartier Bel-Air que le plan en damier et le système parcellaire de cette cité de recasement, fondée
dans les années 1920, continuent à accepter les transformations
urbaines successives en préservant la forme urbaine initiale,
et ceci malgré la vétusté d’une partie importante
du bâti qu’ils sous-tendent. Certes le bâti souvent
subit des transformations, des substitutions et des redimentionnements
sont opérés, les styles varient mais sans que la structuration
de ce quartier n’en soit profondément modifiée.
Il est également intéressant de savoir à quel point
les gens du vieux Bel Air s’attachent à leur quartier. Les
habitudes du quartier, les relations de voisinage, les traditions de
vie communautaire, les usages et les pratiques sociales, sont tous des
facteurs qui déterminent cette sorte de territoire tant collectif
qu’individuel.
Une partie importante
de la population de Bel Air reste attachée à ces
conditions de vie à cause de leurs ressources très limitées,
au point qu’il lui est impossible de transformer ou de restaurer
ses habitations touchées par la vétusté ou menaçant
ruine.
Les nouveaux lotissements
tout autour ont tendance à inciter
l’ancien Bel Air à changer d’image et de configuration à moyen
terme peut être.
Auteurs de cet article : MADANI Said, DIAFAT Abderrahmane et TACHERIFTE
Abdelmalek
Références
:
Camborieux A., (1978). "Sétif et sa région : essai
de monographie historique, géographique et économique," Imprim.
Gabelle, Carcassonne. Castex J., Depaule J.-C. et Panerai Ph., (1977). "Formes
urbaines : de l’îlot à la barre", éd.
Dunod, Paris. Conzen M.R.G., (1968). "The Use of Town Plans in the
Study of Urban History", in H. J. Dioz : ’The Study of Urban
History’. New York. DAU / MELTT, (1996). "La composition urbaine",
Note et essai bibliographique, éd. Villes et Territoires, Paris.
Devillers C., (1994). "Le projet urbain", les mini PA n°2, éd.
du pavillon de l’arsenal, Paris. Lévy A. et Spigai V., (1992). "La
qualité de la forme urbaine : problématique et enjeux".
IFU, Paris. Moudon A. V., (1986). "Built for Change : Neighborhood
Architecture in San Francisco", MIT, Cambridge, USA. Moudon A. V.,
(1987). "The Research Component of Typomorphological Studies",
Paper for AIA/ACSA Research Conference, Boston, USA. Prenant A., (1953). "Facteurs
de peuplement d’une Ville de l’ Algérie intérieure
: Sétif", in les Annales de géographie de l’Algérie.
Rocca E., (1903). "Historique de la ville de Sétif".
Imprimerie Rocca, Sétif.
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